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Révision des loyers

Réviser le loyer d'un bail : le guide complet

Réviser un loyer n'a rien de compliqué — trois conditions, une formule, une lettre. Ce qui coûte cher, c'est de s'y prendre en retard, ou de repartir du mauvais indice année après année.

Publié le 18 août 2026 · 7 min de lecture

Chaque année, un bailleur peut ajuster le loyer de son locataire en suivant un indice publié par l'INSEE. C'est un droit, pas une obligation. Et c'est un droit qui se perd vite : passé un an, il est éteint pour l'année écoulée.

La mécanique tient en trois conditions et une formule. Le reste — les erreurs, les rattrapages impossibles, les révisions qui s'écrasent — vient presque toujours d'un même malentendu sur l'indice de référence. Reprenons dans l'ordre.

Les trois conditions à réunir

Une révision ne se décide pas librement. Il faut réunir trois choses, et l'absence d'une seule bloque tout.

Une clause d'indexation dans le bail. C'est la condition de base. Sans clause de révision annuelle inscrite au contrat, le loyer reste celui prévu au bail jusqu'à son renouvellement. Vous ne pouvez pas l'ajouter en cours de route, ni l'invoquer rétroactivement. Un bail sans clause d'indexation est un bail dont le loyer est figé — c'est aussi simple, et aussi définitif, que cela.

Une date de révision atteinte. La clause fixe une date anniversaire : souvent celle de la prise d'effet du bail, parfois une date fixe comme le 1er janvier. C'est à partir de cette date que la révision devient applicable, jamais avant.

Une notification au locataire. La révision ne s'applique pas toute seule. Il faut la manifester, c'est-à-dire écrire au locataire pour lui indiquer le nouveau montant et le calcul qui y conduit. Tant que vous n'avez rien envoyé, le loyer reste l'ancien, même si la date anniversaire est passée depuis six mois.

La formule, et l'indice de référence

Le calcul lui-même est d'une simplicité désarmante :

loyer révisé = loyer en cours × (nouvel indice ÷ indice de référence)

Prenons un cas concret. Un loyer de 750 € hors charges. L'indice de référence inscrit au bail, ou retenu lors de la dernière révision, vaut 143,46. Le nouvel indice publié pour le trimestre applicable vaut 148,37.

750 × (148,37 ÷ 143,46) = 775,67 €

Soit 25,67 € de plus par mois, un peu plus de 308 € sur l'année. Vous pouvez faire ce calcul directement avec notre calculateur de révision de loyer, qui reprend les valeurs officielles.

Deux précisions comptent. D'abord, on ne révise que le loyer, jamais les provisions pour charges : celles-ci se régularisent séparément, sur les dépenses réelles. Ensuite, aucun arrondi n'est imposé par les textes. Vous pouvez appeler 775,67 € comme vous pouvez arrondir à 775 €. Beaucoup de bailleurs arrondissent à l'euro inférieur : c'est un geste commercial qui ne coûte presque rien et évite une discussion.

L'erreur qui coûte le plus cher : oublier que les indices se chaînent

C'est de loin la faute la plus répandue, et la plus onéreuse.

L'indice de référence n'est pas figé à celui du bail pour toujours. Dès qu'une révision a été appliquée, c'est l'indice de cette révision qui devient la nouvelle référence. Les révisions se chaînent : chacune repart de la précédente.

Le bailleur qui repart chaque année de l'indice inscrit au bail commet une double erreur. La première année, il ne se passe rien de visible. La deuxième, l'écart est faible. Au bout de cinq ans, il applique une hausse cumulée là où il n'aurait dû appliquer que la hausse de l'année — et le locataire qui refait le calcul obtient gain de cause sans difficulté.

L'inverse existe aussi : le bailleur qui, faute de trace de ses révisions passées, repart d'un indice trop récent et rogne lui-même son loyer sans s'en apercevoir.

La parade est simple : conserver, pour chaque bail, la trace de chaque révision — sa date, l'indice retenu, le montant avant et après. Une ligne par an suffit. C'est exactement ce qu'un tableur perd au bout de trois ans, et ce qu'un outil de gestion conserve indéfiniment.

Quel indice, et quel trimestre ?

Trois indices coexistent, et chacun a son domaine :

Indice Pour quels baux Publication
IRL Habitation, nue ou meublée Environ deux semaines après la fin du trimestre
ILC Baux commerciaux Fin du trimestre suivant
ILAT Activités tertiaires, bureaux, professions libérales Fin du trimestre suivant

Le trimestre à retenir est celui que désigne votre bail. Le plus souvent, la clause vise le dernier indice publié à la date anniversaire du contrat. Et dans tous les cas, on compare le même trimestre d'une année sur l'autre : le deuxième trimestre avec le deuxième trimestre, jamais le deuxième avec le troisième.

Attention au décalage de publication. L'IRL du deuxième trimestre paraît à la mi-juillet ; l'ILC du même trimestre attend la fin septembre. Une clause qui vise « le dernier indice publié » ne désigne donc pas le même trimestre selon l'indice concerné.

Toutes les valeurs officielles, trimestre par trimestre, avec la variation d'une année sur l'autre déjà calculée, sont consultables sur notre page des indices IRL, ILC et ILAT.

Le délai d'un an, et ce qu'il emporte

C'est la règle que les bailleurs découvrent souvent trop tard.

L'article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que le bailleur qui ne manifeste pas sa volonté d'appliquer la révision dans l'année suivant sa date de prise d'effet est réputé y avoir renoncé pour l'année écoulée.

Concrètement : votre date de révision tombe le 1er mars. Vous avez jusqu'au 1er mars de l'année suivante pour écrire à votre locataire. Passé ce délai, la hausse de cette année-là est définitivement perdue — vous ne pouvez pas la réclamer rétroactivement, ni la cumuler avec la suivante.

Une nuance importante : la révision n'est pas rétroactive, même dans le délai. Si vous notifiez en septembre une révision applicable depuis mars, le nouveau loyer court à compter de la notification, pas depuis mars. Les six mois écoulés sont perdus. Réviser tard coûte donc de l'argent, même quand on reste dans les clous.

C'est la raison pour laquelle il vaut mieux traiter la révision comme une échéance à date fixe, au même titre qu'une déclaration ou une assurance à renouveler.

Notifier : ce que doit contenir votre courrier

Aucun formalisme n'est imposé par les textes — mais en cas de contestation, c'est à vous de prouver que vous avez notifié, et quand. Une lettre recommandée avec accusé de réception, ou une remise en main propre contre signature, règle la question.

Le courrier doit permettre au locataire de refaire le calcul lui-même. Faites-y figurer :

  • le loyer actuel hors charges ;
  • l'indice de référence retenu, avec son trimestre et son année ;
  • le nouvel indice, avec son trimestre et son année ;
  • le calcul complet, et le nouveau loyer ;
  • la date à partir de laquelle il s'applique.

Un locataire qui peut vérifier votre calcul en deux minutes conteste rarement. Un locataire qui reçoit un montant sans explication appelle presque toujours.

Réviser moins, ou ne pas réviser du tout

Rien ne vous oblige à appliquer l'intégralité de la hausse. Vous pouvez appliquer un montant inférieur, ou renoncer purement et simplement — pour garder un bon locataire, parce que le logement est un peu au-dessus du marché, ou par choix personnel.

Deux précautions dans ce cas. Tracez la décision : une renonciation pour une année ne vaut pas renonciation définitive, mais encore faut-il pouvoir le démontrer. Et notez l'indice retenu malgré tout, car c'est lui qui servira de référence à la révision suivante si vous appliquez un montant négocié.

Enfin, un indice peut baisser. Cela s'est déjà produit. Le calcul reste alors le même et donne un loyer inférieur : ce n'est pas une erreur de publication, et là encore, vous n'êtes jamais tenu d'appliquer la révision.

En résumé

Trois conditions — une clause, une date, une notification. Une formule qui ne change jamais. Un indice de référence qui se chaîne d'une révision à l'autre, et qu'il faut donc consigner. Un délai d'un an au-delà duquel le droit s'éteint, et une absence de rétroactivité qui punit les retards même dans le délai.

Le reste est une affaire de calendrier. C'est précisément ce qu'un outil fait mieux qu'un tableur : se souvenir de la date, retrouver le bon indice, proposer le calcul et garder la trace de la décision — pour chaque bail, chaque année, sans y penser.

Les autres guides de cette famille détaillent chaque point : le calcul pas à pas, la lettre type, le cas des baux commerciaux et celui des révisions oubliées. Ils sont réunis sur la page Révision des loyers.

Ce calcul, vous ne devriez pas avoir à le refaire chaque année.

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