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Charges locatives

Charges locatives : ce que vous pouvez récupérer, et comment

Récupérer une charge qui ne l'est pas, ou garder un trop-perçu : deux erreurs fréquentes qui se rattrapent des années plus tard, contre vous. Voici comment les éviter dès le départ.

Publié le 18 août 2026 · 6 min de lecture

Les charges locatives sont, avec la révision du loyer, le sujet où les bailleurs commettent le plus d'erreurs — souvent de bonne foi, en récupérant une dépense qui ne l'est pas, ou en oubliant une régularisation qui, année après année, finit par représenter une somme conséquente. Reprenons la mécanique dans l'ordre.

Ce que sont les charges récupérables

Une charge récupérable est une dépense payée par le bailleur mais remboursée par le locataire, parce qu'elle correspond à un service dont il profite directement : eau, entretien des parties communes, chauffage collectif, ascenseur, taxe d'enlèvement des ordures ménagères, notamment. La liste exacte de ces charges est fixée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987, un texte fermé : seules les dépenses qui y figurent explicitement peuvent être récupérées, et aucune interprétation extensive n'est admise.

Ce qui n'y figure pas reste à la charge exclusive du bailleur : les gros travaux, les honoraires de gestion du syndic, la taxe foncière, les frais d'assurance de l'immeuble, entre autres.

Provisions ou forfait : deux logiques différentes

Les provisions pour charges sont des acomptes mensuels, régularisés chaque année sur la base des dépenses réelles. C'est le mécanisme le plus courant en location nue et en habitation classique.

Le forfait de charges fixe un montant mensuel définitif, sans régularisation ultérieure — quel que soit le montant réel dépensé. Il est fréquent en location meublée, où il simplifie la gestion, mais il expose le bailleur à un risque : si les charges réelles dépassent le forfait fixé, la différence reste entièrement à sa charge. Notre guide Provisions ou forfait de charges détaille les avantages et limites de chaque option.

La régularisation annuelle, étape par étape

Chaque année, pour un bail en provisions, il faut comparer le total des provisions appelées au montant réel des charges récupérables supportées sur la période. Un exemple : provisions de 65 € par mois, soit 780 € sur l'année, face à des charges réelles récupérables de 850 €. Le locataire doit un complément de 70 €. À l'inverse, des charges réelles de 700 € pour 780 € de provisions donnent un trop-perçu de 80 € à rembourser au locataire.

régularisation = charges réelles récupérables − provisions appelées sur la période

Notre calculateur de régularisation des charges reprend cette formule et affiche directement le solde, dans un sens comme dans l'autre.

L'erreur la plus fréquente : ne pas régulariser du tout

C'est de très loin l'oubli le plus répandu chez les bailleurs qui gèrent sans outil dédié. Sans régularisation annuelle, l'écart entre provisions et charges réelles s'accumule d'année en année, sans jamais être corrigé. Au bout de quelques années, la somme à réclamer devient conséquente — et plus difficile à faire accepter par un locataire qui n'a jamais reçu la moindre régularisation depuis son entrée dans les lieux.

L'erreur inverse : garder un trop-perçu

Symétriquement, un excédent de provisions n'appartient jamais au bailleur : il doit être restitué au locataire, même après son départ du logement. Un bailleur qui « oublie » sciemment de rembourser un trop-perçu s'expose à une contestation, potentiellement plusieurs années après les faits, avec l'obligation de rembourser l'intégralité de la somme.

Ce qu'il faut communiquer au locataire

La régularisation ne se limite pas à un chiffre final : le locataire peut demander le détail par nature de charges, ainsi que la consultation des pièces justificatives. Un mois avant l'échéance, ce décompte doit lui être communiqué de façon compréhensible. Notre guide sur la régularisation annuelle, mode d'emploi détaille précisément la forme que doit prendre cette communication.

Ajuster la provision après régularisation

Une régularisation qui aboutit à un écart important, dans un sens ou dans l'autre, signale une provision mal calibrée. Plutôt que de subir le même écart chaque année, ajustez la provision mensuelle au niveau réel des charges constatées. Notre guide sur l'ajustement de la provision de charges explique comment procéder sans excès ni insuffisance.

Le cas particulier de la taxe d'ordures ménagères

C'est l'une des rares charges à faire l'objet d'un traitement à part : elle peut être récupérée intégralement auprès du locataire, y compris de façon anticipée dans certains cas, ce qui la distingue de la logique générale de provisions-régularisation. Notre guide Taxe d'ordures ménagères : comment la récupérer traite ce cas en détail.

Le cas des immeubles sans copropriété formelle

Pour une maison individuelle ou un petit immeuble détenu en direct, sans syndic professionnel, la logique reste identique mais les justificatifs changent de nature : factures d'eau directement adressées au bailleur, frais d'entretien d'un jardin ou d'une chaudière collective payés sur factures propres. L'absence de relevé de charges de copropriété ne dispense en rien de l'obligation de régulariser : c'est simplement le bailleur lui-même qui tient la comptabilité de ces charges, à la place du syndic.

Ne pas confondre charges récupérables et charges de fonctionnement du bailleur

Un point de confusion fréquent mérite d'être clarifié : les charges récupérables ne représentent qu'une partie des dépenses supportées par un bailleur sur son bien. Assurance propriétaire non occupant, frais de gestion locative éventuels, intérêts d'emprunt, taxe foncière — toutes ces dépenses restent à sa charge exclusive, sans lien avec le mécanisme de charges locatives décrit ici. Confondre les deux catégories conduit parfois des bailleurs débutants à tenter de récupérer une dépense qui n'a, en réalité, jamais figuré dans la liste du décret de 1987.

Le cas des lots avec compteurs individuels partiels

Dans certains immeubles, seule une partie des consommations est individualisée par compteur — l'eau, par exemple, quand le chauffage reste collectif sans sous-compteurs. Dans ce cas, les charges se traitent de façon mixte : les postes individualisés se facturent sur la consommation réelle relevée, les postes collectifs se répartissent selon la clé fixée au règlement de copropriété, le plus souvent au prorata des tantièmes du lot loué. Cette coexistence de deux logiques de répartition, dans un même décompte, ne pose aucune difficulté particulière tant que chaque poste est clairement identifié comme individualisé ou collectif.

Le cas d'un changement de locataire en cours d'année

Quand un locataire quitte le logement avant la date habituelle de régularisation, un décompte intermédiaire doit être établi à son départ, sur la base des charges réelles connues jusqu'à cette date — quitte à ajuster ultérieurement si un poste de charges, comme la taxe d'ordures ménagères, n'était pas encore définitivement connu. Ce décompte de sortie s'articule avec le solde du dépôt de garantie, traité dans notre guide sur les retenues justifiées sur le dépôt de garantie.

En résumé

Récupérez uniquement les charges listées par le décret de 1987, régularisez chaque année sans exception, communiquez le détail au locataire avant l'échéance, et ajustez la provision quand l'écart devient significatif. C'est cette régularité, plus que la complexité du calcul lui-même, qui évite l'essentiel des litiges sur ce sujet.

Les guides de cette famille détaillent chaque point : la liste complète des charges récupérables, la mécanique de régularisation, les justificatifs à fournir en cas de contestation, et le cas particulier du meublé. Ils sont réunis sur la page Charges locatives.

Ce calcul, vous ne devriez pas avoir à le refaire chaque année.

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